LCA - Quelles conséquences économiques pour la France ? (1)

Le «Brexit»: Quelles conséquences économiques pour la France ?

Le «Brexit»

Quelles conséquences économiques pour la France ? (1)

Par:  Patrick Allard

Pour la France, les conséquences du Brexit seront modérément négatives au plan macroéconomique. La France peut espérer bénéficier de la relocalisation de certaines activités financières obligées de quitter Londres. Mais les gains, aléatoires, ne compenseront pas les pertes à attendre dans d’autres secteurs.

S i les conséquences sont modérées au niveau macroéconomique, elles sont marquées pour certains secteurs ou régions, notamment pour ceux dont l’activité est plus étroitement imbriquée à l’économie britannique dans le cadre de chaînes de valeur européennes. La France peut espérer bénéficier de la relocalisation de certaines activités financières obligées de quitter Londres. Mais les gains, aléatoires, ne compenseront pas les pertes à attendre dans d’autres secteurs.

Enfin, le retrait du RoyaumeUni de l’Union européenne pourrait avoir un coût budgétaire significatif pour les autres États membres, notamment en France. Le RU absorbe 7,8% des exportations françaises de biens et 11% des exportations de services (principalement dans les services touristiques et de transports). La France réalise traditionnellement un excédent commercial avec le RU, devenu le plus important au cours des années récentes (12 Mds euro en 2015). La France enregistre également un solde positif dans les échanges de services (6 Mds euro en 2014).

Les exportations françaises de biens et services vers le RU ne représentent que 2,2% du Pib, contre plus de 3% en moyenne dans l’UE à 27, 3% pour l’Allemagne, 7,5% en Belgique, plus de 6,5% aux Pays-Bas ou plus de 11% en Irlande, ce qui limite le coût économique du Brexit. Selon l’étude précitée de la Fondation Bertelsmann, l’impact statique du rehaussement des barrières à l’échange (tarifaires et non-tarifaires) sur le revenu par tête français est minime : entre -0,1%, en cas de soft Brexit, et – 0.3% dans le cas d’un hard Brexit.

Les coûts sont nettement plus sévères quand l’évaluation tient compte des effets dynamiques du retrait du RU : entre -0,2% en cas de soft Brexit, et – 3% dans le cas d’un hard Brexit, mais ils restent contenus. Les transports terrestres, les textiles et la construction électriques sont plus exposés que le reste de l’économie.

Dans ces secteurs, la participation aux chaînes globales de valeur engendre une imbrication intime des économies, de sorte que l’activité d’une économie, y compris ses exportations vers le RU et les pays tiers, dépendent de l’importation de biens et de services du RU.

La branche automobile serait ainsi particulièrement affectée par la perturbation des flux croisés d’échanges. Selon une étude du Center for Economic Policy Research, la production d’automobiles sur le territoire français pourrait accuser une baisse du nombre de véhicules fabriqués, de 1% en cas de soft Brexit, de 3% en cas de hard Brexit, soit dans les deux cas, un peu plus que l’Allemagne et à peine moins que le RU lui-même.

Les régions qui exportent le plus vers le Royaume-Uni sont l’Ilede-France et RhôneAlpes (respectivement 19% et 11% des exportations françaises vers le RU). En Rhône-Alpes, le premier poste d’exportations est la Joaillerie/Bijouterie devant l’automobile. En Ile-de-France, l’automobile représente 25% des exportations de la région vers le Royaume Uni. Un impact du Brexit sur le tourisme en France est probable. Les principales régions concernées sont PACA et l’Ile de France.

Le RoyaumeUni est la 4ème destination des IDE français, avec un stock de 121 mds d’euros en 2015 (11% du total des IDE de la France à l’étranger. Les encours de crédit sur le RU des banques localisées en France représentent 17% des encours totaux de crédits transfrontières. Si on additionne les IDE, les crédits et les autres actifs financiers sur des opérateurs britanniques (placements, produits dérivés), les avoirs financiers français sur le RU atteignent presque 60% du Pib français).

La valeur de ces avoirs pourrait être menacée au cas où les conditions économiques et financières devaient être dégradées, entraînant une hausse des défauts, accompagnée voire anticipée par une baisse de la notation des dettes, dans la période de préparation puis de mise en œuvre du Brexit.

Lu 317 fois Dernière modification le vendredi, 28 avril 2017 20:52

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