LCA - Un laboratoire de solutions Océan et Climat

La Méditerranée

Un laboratoire de solutions Océan et Climat

Par:  Claire Bertin et Julien Voyé

Sise en étau entre une vingtaine de pays de trois continents, la mer Méditerranée concentre les défis et les solutions de demain pour notre Océan et notre Climat.

La COP22 de Marrakech en novembre 2016 et la conférence « Quelles solutions pour la mer Méditerranée ? » du Ministère de l’Environnement français en février 2017 ont montré comment la Méditerranée pouvait être un milieu d’échanges et de solutions. Cette « mer au milieu des terres » continuera-t-elle d’être au centre des attentions en 2017 ? Qualifiée de « petit océan » par Ségolène Royal, Ministre de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer, chargée des Relations internationales sur le climat, la Méditerranée est une illustration miniature de l’océan global : les modifications qu’elle subit actuellement se reproduiront à l’échelle mondiale. Depuis toujours lieu d’échanges et carrefour de civilisations, la Mé- diterranée fait face aujourd’hui à de nouveaux défis : croissance démographique, surtout dans les pays du sud et de l’est de la Méditerranée, intensification des migrations sous l’effet des changements politiques ou environnementaux. Environ un tiers de la population des pays méditerranéens vit sur le littoral.

La zone cô- tière est ainsi particulièrement sollicitée par les activités humaines : pêche, développement de l’aquaculture, tourisme de masse (la Méditerranée est la 2e destination au monde pour les croisières), urbanisation du littoral, pollutions (plastiques, eaux usées, etc.). La Méditerranée est un milieu singulier : petite superficie (moins de moins de 1 % de l’océan global), faible profondeur comparée à l’océan global (1300 m en moyenne), connectivité limitée avec l’océan, et marée d’amplitude ré- duite (moins de 50 cm). Ces caractéristiques la rendent plus vulné- rable aux changements climatiques. Lors des 30 dernières années, la température moyenne des eaux côtières a augmenté d’environ 1°C. En outre, la plupart des espèces marines sont très sensibles aux variations de température.

Par exemple, le barracuda a modifié son aire de répartition géographique du sud vers le nord. D’autres espèces, n’ayant pas d’échappatoire, voient leur population diminuer. Or, la Méditerranée est considérée comme un hotspot de biodiversité (une zone critique possédant une grande richesse de biodiversité particuliè- rement menacée par l’activité humaine). Elle regroupe ainsi une flore exceptionnelle, entre 15 000 et 25 000 espèces, dont 60 % sont endé- miques (selon l’UICN : Union Internationale pour la Conservation de la Nature). Enfin, l’intensification des phé- nomènes extrêmes tels que les sécheresses et les pluies diluviennes va impacter la biodiversité et les populations humaines. Tous ces enjeux rendent donc essentiel de renforcer les connaissances scientifiques et techniques, de protéger et gérer cette mer primordiale à l’économie des pays qui l’entourent.

Laboratoire d’initiatives

Cependant, des solutions existent pour gé- rer, conserver et, le cas échéant, restaurer la mer Méditerranée, au centre des attentions politiques depuis plusieurs années déjà. Face à la perte de biodiversité observée, le ré- seau MedPAN, membre de la Plateforme Océan et Climat, se mobilise pour tisser un réseau d’Aires Marines Proté- gées. Il regroupe une centaine d’institutions et d’ONG de 18 pays qui gèrent ou sont impliquées dans les aires marines protégées. Un réseau cohérent est un moyen efficient de pré- server et régénérer une biodiversité en déclin.

Or, la biodiversité rend des services aux populations méditerranéennes : la pêche bien sûr, mais aussi la capture de carbone, la protection du littoral, etc. Le développement de l’ingénierie écologique, d’une approche écosystémique et des cadres légaux permettent d’expérimenter des études de restauration des écosystèmes dégradés. Le milieu naturel peut retrouver ses fonctionnalités (lieu de reproduction pour certaines espèces,…), grâce à la restauration écologique qui accélère ce processus. Il est important d’associer l’ensemble des acteurs : pêcheurs, scientifiques, élus, pour la réussite de ces projets.

Par exemple, l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse* est particulièrement active sur ce sujet. Elle a participé à l’Opération Ré- cifs Prado, qui a consisté à immerger des récifs artificiels pour favoriser le retour d’espèces. La restauration écologique bénéficie de ces programmes de recherche et plusieurs guides ont été produits pour connaître les habitats naturels, identifier et répertorier les dégradations, définir les sites et les moyens de restauration. Ces solutions sont à partager et à adapter : c’est le retour d’expériences, les spécificités culturelles et géographiques, la collaboration multiacteurs qui facilitent la réussite d’une initiative.

Cette capacité d’innovation montre bien que la Méditerranée, espace emblématique des pressions anthropiques et climatiques sur l’océan global, est aussi un laboratoire d’initiatives et de solutions. Avec l’aide de fédérateurs tels que l’Alliance d’initiatives Océan et Climat et des engagements politiques forts des États pendant la COP22, comme ceux de la France, les bonnes solutions pourront être partagées et s’enrichir mutuellement. La mer Méditerranée a un intérêt non seulement environnemental mais également patrimonial : une mer en bonne santé est le meilleur moyen pour les pays riverains de continuer à en bénéficier.

* Créées en 1964, les agences régionales de l’eau ont pour mission de gérer les ressources en e a u , de lutter contre la pollution et de protéger les milieux aquatiques. A ce dernier titre, celle de Rhône Méditerranée Corse est particulièrement impliquée sur le littoral français en Mé- diterranée.

Lu 122 fois

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'entrer toutes les informations requises, indiquées par un astérisque (*). Le code HTML n'est pas autorisé.

A lire aussi

L’Etat veillera à séparer l’argent de la politique

Abdelmadjid Tebboune à l’APN

L’Etat veillera à séparer l’argent de la politique

La tutelle rassurante, les professionnels inquiets

Pénuries de certains médicaments

 

La tutelle rassurante, les professionnels inquiets

Le smartphone au cœur de l’évènement

Du 20 au 22 septembre au CIC d’Alger

Le smartphone au cœur de l’évènement

Skikda pourrait contribuer à 60% de la production nationale

Tomate industrielle

Skikda pourrait contribuer à 60% de la production nationale

Création prochainement de la branche retraite complémentaire

Elle fera partie des prestations de la CNR et de la CASNOS

Création prochainement de la branche retraite complémentaire