LCA - La crise renforce la précarité des cultivateurs de blé

L’Egypte manque de sucre, conséquence de la crise monétaire qui étrangle son économie

Egypte, selon un reportage réalisé par «Monde Afrique»

La crise renforce la précarité des cultivateurs de blé

Le gouvernement égyptien a décidé en janvier de soumettre les vendeurs locaux de blé aux prix du marché international alors qu’ils bénéficiaient jusqu’alors d’un tarif favorable reposant sur un système de subventions d’Etat, depuis novembre 2016, et la signature par l’Egypte d’un accord de prêt avec le Fonds monétaire international (FMI).

Le Caire se livre à une réduction tous azimuts des dépenses publiques du pays. Alors que la livre égyptienne a perdu la moitié de sa valeur, atteignant aujourd’hui 18 livres pour 1 dollar, les prix de l’énergie se sont envolés et l’inflation annuelle galopante a été évaluée à 30,91 % en mars 2017 par la Banque centrale d’Egypte. Le pain subventionné reste relativement épargné.

L’Egypte manque de sucre, conséquence de la crise monétaire qui étrangle son économie

Dans ce contexte, la décision du ministère de l’Agriculture, parue au début du mois de mars, de fixer le prix de 150 kg de blé entre 555 livres et 575 livres (27,98 euros à 28,99 euros), contre 420 livres l’année passée, exaspère les petits producteurs, même si le gouvernement affirme que ce montant permet de couvrir la hausse des coûts de production et d’assurer une marge bénéficiaire aux agriculteurs. « Je refuse de vendre mon blé à un montant inférieur à 650 ou 700 livres, persiste Nour, qui possède un petit feddan, l’équivalent de 0,42 hectare. Avec la hausse des prix des carburants et de l’électricité, les frais engrangés pour entretenir la terre et le salaire des ouvriers qui participent à la récolte, je ne pourrai pas m’en sortir en cédant mes récoltes au tarif fixé par le gouvernement. Il n’est pas normal que les agriculteurs ne soient même pas entendus lorsqu’il s’agit d’établir le prix de vente de ce qu’ils produisent».

Premier importateur mondial

L’Egypte est le premier importateur mondial de blé, avec une consommation annuelle estimée à environ 20 millions de tonnes. La production locale n’a pas dépassé les 9 millions de tonnes en 2016 et la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, évalue les importations égyptiennes sur le marché du blé pour la saison 2016-2017 à 12 millions de tonnes. Un chiffre qui reste constant depuis l’année dernière, mais en hausse de 1,3 million de tonnes par rapport à la moyenne des cinq précédentes années. Des importations, notamment en provenance de Russie, devenues particulièrement onéreuses depuis novembre 2016 et la dévaluation brutale de la livre égyptienne par rapport au dollar, devise du commerce international.

Ces importations n’en restent pas moins indispensables dans un pays où le pain reste une denrée essentielle largement subventionnée par l’Etat et constitue un enjeu politique majeur. Au début du mois de mars, des manifestations ont éclaté à travers le pays après une décision du gouvernement de limiter la quantité disponible de pain subventionné dans certaines boulangeries afin de lutter contre les fraudes, avaient alors assuré les autorités. Le ministre de l’Approvisionnement et du Commerce intérieur, Ali Mosilhi, a présenté des excuses publiques à la population et est revenu sur cette décision. C’est à cette même période que, pour s’assurer des réserves suffisantes, le gouvernement a importé environ 1 million de tonnes de blé en deux semaines, soit 20% de la quantité totale importée en 2016.

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