Emergence d’une industrie nationale de l’automobile

Le «made in Algeria» aura besoin de temps pour s’affirmer

Par:  Abdelkader Mechdal
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Le chemin reste long devant l’industrie automobile en Algérie, pour s’affirmer, dans une filière qui obéit aux stratégies des marques essentiellement, et aux exigences du marché international en matière d’homologation et de certification.


ParAbdelkader  Mechdal- Economiste          

Plus de 3 ans après le lancement du montage des véhicules, l’Algérie ne compte qu’une seule entreprise certifiée dans le domaine de la sous-traitance, et ayant la possibilité d’intervenir au sein des plateformes mondiales de la pièce automobile. Cette situation laisse croire que la constitution de l’industrie automobile demande un travail de long terme, selon une stratégie nationale, prenant en compte, non seulement les intérêts nationaux, mais ceux des grands constructeurs connus dans le monde aussi.

Pour satisfaire la demande nationale en véhicules, il a fallu passer d’un montage de l’ordre de 110 000 véhicules en 2017 à 180 000 véhicules en 2018, ce qui a mené à l’augmentation des importations des kits automobile, de l’ordre de +80% pour s’établir à 3 milliards de dollars US, c'est-à-dire que le chiffre a presque doublé en une année. Cette tendance est appelée à se confirmer dans le temps, inévitablement tant que les pouvoirs publics, représentés par le ministère de l’Industrie, visent le passage immédiat à l’exportation, à partir de l’année en cours 2019.

Le passage lui-même vers l’exportation devient une exigence dans un contexte de grande difficulté à financer les importations supplémentaires attendues, vu la situation critique des réserves de change. Cet état de fait pousse en premier temps, et vu le manque de production nationale certifiée à l’international en matière de la pièce automobile, à s’appuyer sur les équipementiers étrangers dans la fourniture des kits, ce qui permettrait de faire sortir des excédents importants de véhicules, qui seront destinés à l’exportation. Sans cette solution, le maintien de la tendance haussière de l’importation de quantités supplémentaires de kits, devient difficile.

A partir de cet état de fait, la solution réalisable à court terme reste celle de créer des alliances avec les grandes marques automobiles, surtout les plus dynamiques d’entre elles, et les plus prêtes à donner à l’Algérie sa chance d’émerger dans le domaine de l’industrie automobile. C’est ce genre d’alliance, qui a permis à la Chine, et la Corée du Sud, de s’affirmer parmi les plus grandes plateformes mondiales de l’automobile, et à des pays, comme la Turquie et tout récemment le Maroc, d’intégrer le club mondial des exportateurs autos. L’alliance avec de grandes marques permettra la réalisation effective de toute stratégie à long terme, à faire augmenter par l’exercice, le taux d’intégration industriel, en s’appuyant sur de plus en plus d’entreprises nationales, qui vont construire leurs compétences et compétitivité.

Là, il est clair que toute décision administrative, comme il est de coutume d’intervention de la part des pouvoirs publics, qui viserait à chercher plus de performance dans une filière industrielle dédiée à la compétitivité internationale, sera vouée à l’échec, tant qu’elle fait le saut sur les aléas d’un marché tiré par des exigences techniques et de présence, qui sont farouchement concurrentielles.

Dernière modification le samedi, 30 mars 2019 13:33

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