Plafonnement des prix à l’interne et exonération des taxes à l’importation

Une démarche discriminatoire envers le producteur local

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Le retour à la régulation des marchés de consommation, par le biais de ce qu’on appelle «les prix référentiels», fait sortir le pays du mode de régulation par le marché, à celui d’une intervention purement administrative de l’ère socialiste, qui risque à alimenter des pratiques commerciales qu’on a crues définitivement dépassées.


Abdelkader Mechdal- Economiste          

Le gouvernement se focalise actuellement sur l’approvisionnement des marchés de consommation, à l’approche du mois sacré de Ramadhan, et ce, en regroupant les différents intervenants, dont les producteurs et les distributeurs, autour de l’idée de la maîtrise des prix à la consommation, dans le but de «préserver le pouvoir d’achat» des consommateurs. La maîtrise des prix conçue par le ministère du Commerce n’est que le plafonnement des prix sur les marchés de gros, des produits de large consommation, en vue de les voir se stabiliser sur le marché de détail.

Paradoxalement, le ministère du Commerce prône en fait une démarche par le marché, quand il s’agit des produits étrangers importés, tandis qu’il va pratiquer une démarche administrative, devant le produit local. Pour les importateurs, ils vont être exonérés d’ici jusqu’à la fin du mois sacré, de la taxe supplémentaire imposée aux opérations d’importation, qui était un outil de sauvegarde des intérêts des producteurs locaux, et ce, dans l’objectif d’approvisionner le marché interne de quantités suffisantes de denrées alimentaires. Il s’agit là d’une tentative pour diversifier l’offre, comme élément de stabilisation, en vue de voir les prix à la portée des consommateurs.

Cet élément va jouer en réalité en défaveur des producteurs locaux, à qui on va imposer un prix administratif, c'est-à-dire leur réglementer la marge bénéficiaire à la vente, ce qui réduirait leur marge de manœuvre sur leur marché, et qui constituerait une démarche discriminatoire les visant. Quand on ouvre le marché, il faut que ça se fasse sur un pied d’égalité envers tous les opérateurs, et privilégier les importateurs au détriment des opérateurs locaux ne fera qu’alimenter le sentiment d’inégalité devant la réglementation. Surtout quand on se réfère, au fait que l’Etat a avoué ne pas maîtriser la véracité des prix déclarés par les importateurs, par manque d’outils de contrôle public sur les transactions avec l’étranger.   

Cet état de fait va nous rendre en réalité à l’expérience internationale, et même à celle que vit notre pays depuis des décennies, et qui nous renseigne que le gouvernement, en imposant ce genre de règles, va pousser les commerçants à essayer de les échapper, en recourant à plus de fraude dans les déclarations, avec la recherche d’une compensation des pertes occasionnées par le prix de référence, en recourant aux pratiques du marché parallèle, ce qui alimenterait la spéculation au lieu de son anéantissement, sinon s’abstenir d’alimenter le marché jusqu’à la levée de cette démarche.

La mobilisation de 6 000 agents par les pouvoirs publics, pour veiller au respect du plafonnement des prix, ne pourra pas donner de résultats probants, vu l’étendu du marché dans un pays continent comme l’Algérie, et ça ne fera que développer un climat de méfiance vis-à-vis des instances de l’Etat. Ces dernières qui seront appelées dans le proche avenir, à jouer la carte de l’encouragement de la production nationale, en levant les entraves devant l’investissement, seul garant d’un approvisionnement meilleur et durable du marché, et de là soutenir le pouvoir d’achat des consommateurs.

LCA

Le Quotidien Algérien de l’économie et des Finances

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