Entre enthousiasme populaire et exigences économiques
19 Jui 2019
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Manifestations populaires du Hirak

Entre enthousiasme populaire et exigences économiques

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Notre  pays vit depuis le 22 février, un mouvement sans précèdent. Le Hirak, tout pacifique qu’il soit et avec tout ce qu‘il peut porter comme espoir pour un avenir plus démocratique est plus transparent, n’en demeure pas moins soumis à des exigences économiques. Les exigences politiques sont lentes à mettre en place, alors que les exigences économiques sont immédiates et répondent à des critères auxquels on ne peut se déroger. Nous sommes à la croisée des chemins et à un  moment critique, où tout peut basculer. Deux choix s’offrent à l’Algérie : s’entêter et s’acharner sur un système que l’ont dit gisant, et prendre tout son temps au risque de sombrer dans une sorte d’anarchie léthargique, ou alors faire des concessions, et ne pas briser l’élan d’un essor économique à peine émergent.


Par Réda Hadi

Nonobstant les actions politiques qui peuvent être positives, les retombées économiques, au cas où ce mouvement perdurerait, seraient néfastes à une économie déjà en mal d’exister. Quoiqu’on en dise, l’aspect économique est déterminant dans ce genre de situation, car c’est l’économie qui peut augurer du bien-être des citoyens. Avec une économie déjà malade et aux mains de spéculateurs, perdre du temps ne peut qu’accentuer les effets pervers d’un moment crucial mal géré.

Si le peuple a exprimé ses souhaits et formulé ses revendications, cela ne doit en aucun cas nous faire avoir des réactions épidémiques et encore nous faire «arc-bouter» dans des positions difficiles à tenir. La vérité doit être dite pour une plus grande prise de conscience.

En effet, demain sera le 19e vendredi de manifestations, et il serait temps que l’on fasse preuve de sagesse et de ne pas se laisser emporter par des agissements qui peuvent nous nuire.

Et pour cause, sans leader charismatique, il serait difficile d’entendre les voix de millions de manifestants, et encore moins concilier les divergences. Ce qui se passe en France avec les gilets jaunes est loin d‘être anecdotique. Ce mouvement sans véritables meneurs est à bout de souffle et vit ses dernières heures.

La rue ne peut en aucun cas gérer notre vie politique et encore moins notre vie économique.

Le temps économique ne peut s'aligner sur le temps politique, plus long. Et c'est ce qui est décrié aujourd’hui par certains analystes et experts économiques qui considèrent que l'économie ne peut pas attendre. Elle aurait pu résister mieux aux effets de la crise politique si elle était régulée et gouvernée par des institutions solides. Ce qui est loin d’être le cas.

Depuis le déclenchement des manifestations, la vie économique qui n’était déjà pas des plus reluisantes, tourne encore plus au ralenti.

A quelque  niveau que ce soit, aucune décision n’est prise. Qu’elles soient publiques ou privées, les entreprises ne recrutent pas. Les dettes ne sont pas honorées, sous prétexte que personne ne sait de quoi sera fait demain. Devant cette incertitude, les investissements baissent.

Selon des économistes, les coûts des révoltes populaires sont à considérer dans trois domaines : dégâts matériels, essentiellement la destruction des équipements publics, impacts sur l’activité économiques induits par l’absentéisme, la baisse de la productivité, les perturbations dans les réseaux de transport et de communications qui réduisent la mobilité des marchandises et de personnes et enfin l’apparition de pratiques comme le stockage de denrées, le retrait de l'épargne dans le système bancaire et le transfert de fonds vers l’étranger.

La ministre de l'Industrie et des Mines, Djamila Tamazir, a récemment évalué à «plus d’un milliard de dollars», la perte causée par les grèves observées dans certaines entreprises nationales pour des revendications socioprofessionnelles, entre autres.

Combien de temps pouvons-nous encore résister ?

Déjà peu enclin à œuvrer, tout est prétexte pour le tir-au-flanc. Et le Hirak au nom d’un nouvel amour du pays très «exacerbé» est le meilleur des prétextes.

Certains patrons se plaignent du personnel qui a un taux de rendement très bas, jamais enregistré, même durant le Ramadhan

Les entreprises publiques faute de décideurs adéquats n’honorent pas leurs dettes, car le premier responsable se dit être sur un siège éjectable et court à avoir une place après les prochaines élections présidentielles.

Les prix des produits maraichers déjà aux mains de spéculateurs, par exemple, sont si élevés à rougir de honte. Sans contrôle approprié, les mandataires font ce qu’ils veulent.

Une seule institution est encore debout, c’est l’armée. Or le Hirak demande à ce que l’on applique la Constitution. Nul n’est besoin de rappeler que sans elle, le Hirak aurait pris une autre tournure peut-être plus grave surtout.

Il serait temps surtout que l‘on agisse avec sagesse et non à l’emporte-pièce. Il faut garder la tête froide et analyser la situation d’une manière cartésienne et pragmatique. Il faut aussi savoir choisir et dire tout haut ce que l’on veut.

C’est juste une période transitoire, et il faut savoir et pouvoir la gérer. L’anarchie n’a jamais abouti dans aucun pays que ce soit. Qu’on l’aime ou pas, beaucoup d’Algériens savent que sans elle, la situation aurait été tout autre.

Alors retroussons nos manches au lieu de ne rien faire et attendre le vendredi pour crier et manifester.

Le Hirak doit prouver qu’il est capable surtout de relever le défi économique qui est devant lui. Il est temps de relever notre pays, par le travail, et non pas,  par des exigences farfelues de la chaise vide et du néant.

Dernière modification le mercredi, 19 juin 2019 22:26
LCA

Le Quotidien Algérien de l’économie et des Finances

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