L’heure des comptes ?
23 Avr 2019
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Arrestations de grands patrons algériens

L’heure des comptes ?

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Haddad, Kouninef et maintenant Rebrab, les grands patrons sont en ligne de mire de la justice. Une justice, qui, faut-il le préciser, est très décriée dans le pays, car soupçonnée de déni et de corruption. Mais au-delà de ces arrestations, la rue se demande pourquoi autant de précipitation, après des années de laxisme. Si pour certains patrons, la cause était entendue par le mouvement «Hirak», celle de Rabrab va au-delà de ce qui est apparenté à un règlement de comptes ou une chasse aux sorcières. Les réseaux sociaux s’enflamment déjà, et le pire est à craindre dans la région natale de ce magnat de notre économie.


Par Réda Hadi

En somme, depuis la démission de M. Bouteflika, la justice algérienne a lancé une série d'enquêtes sur des faits de corruption et de transferts illicites de capitaux visant de puissants hommes d'affaires souvent proches de l'ex-Président Bouteflika.

Ils sont douze chefs d'entreprise poursuivis par le parquet général d'Alger pour «faits de corruption et transferts illicites de capitaux vers l'étranger.» Une enquête préliminaire a été ouverte et confiée à la Gendarmerie nationale. Parmi ces personnalités, il y a d'abord Ali Haddad, richissime homme d'affaires et ancien président du FCE, la toute puissante Organisation patronale algérienne.

Ce très proche du frère de Abdelaziz Bouteflika, Saïd, avait été arrêté dans des conditions rocambolesques alors qu'il tentait de fuir vers la Tunisie. Il a été arrêté à la frontière en possession de deux passeports, deux permis de conduire, quatre téléphones ainsi que 410 000 dinars, 5 000 euros et 100 dollars. C'est d'ailleurs pour ne pas avoir déclaré ces sommes qu'Ali Haddad a été transféré devant un juge et placé en garde à vue. Il est actuellement incarcéré dans la prison d'El-Harrach, à la périphérie d'Alger.

Interdiction de quitter le territoire

Les onze autres patrons poursuivis par la justice algérienne sont libres, toutefois ils sont frappés de l’interdiction de quitter le territoire. Parmi eux, certains sont d'anciens cadres du Forum des chefs d'entreprise, tous comptent parmi les plus grandes fortunes du pays.

On peut citer les dirigeants du groupe KouGC, les trois frères Kouninef, ou encore le patron du groupe Ival, Mohamed Baïri, qui s'est d'ailleurs exprimé dans la presse pour dire son «étonnement» et assurer qu'il n'avait «rien à se reprocher».

Cette «opération mains propres» répond aux revendications des Algériens : ils réclament la fin d'un «système» qui a permis à une oligarchie pro-régime de s'enrichir. Elle reflète également, et c'est ce que relève la  presse nationale, les luttes fratricides qui sont en cours.

Faudrait-il pour autant s’en réjouir ?

La question se pose avec acuité, et ce, d’autant plus que le mouvement populaire qui a demandé des comptes à ces grands patrons qui se sont enrichis très vite, avait désiré auparavant que certains hommes du système soient écartés. Ce qui n’est pas encore tout à fait le cas.

L’emprisonnement de ces patrons augure-t-il d’un nouveau modèle économique ? Aucun signe apparent ne permet de le supposer, et pourtant c’est un sujet qu’il faudrait aborder le plus rapidement possible.

Ces mises en détention, influent également sur le sort des travailleurs de ces groupes qui sont tous basés sur une gestion pyramidale et familiale. Une fois étêté, le destin de ces entreprises reste aléatoire et soumis aux circonstances de nouveaux décideurs et d’une justice en quête de virginité.

Dernière modification le mardi, 23 avril 2019 21:25
LCA

Le Quotidien Algérien de l’économie et des Finances

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