Ali Bey Nasri, président de l’Anexal

Ali Bey Nasri, président de l’Anexal au «Chiffre d’Affaires»

«Il faut s’inscrire dans les marchés montants»

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M Ali Bey Nasri, président de l’Association nationale des exportateurs algériens (Anexal) a livré dans cet entretien accordé au quotidien «Le Chiffre d’Affaires» sa vision et recommandations pour  booster l’exportation hors hydrocarbures. Il a, en effet, plaidé pour s’inscrire dans les marchés montants, à savoir faire naître des filières à hautes valeurs ajoutées, à l’instar de l’agriculture bio. Un marché porteur, dont la demande mondiale ne cesse d’augmenter. Toutefois, il a mis l’accent sur la nécessité de nouer des partenariats avec les étrangers afin de placer le produit algérien sur les marchés mondiaux.


LCA : une stratégie nationale d’exportations (SNE) est en cours d’élaboration, dont sa mise en œuvre est prévue dans les prochains jours. En tant qu’acteur et connaisseur du commerce extérieur, pouvez-vous nous donner votre aperçu  sur cette stratégie et quels sont les objectifs escomptés d’elle ?

Ali Bey Nasri : c’est la première fois que l’Algérie a mis en place une vision pour promouvoir les exportations hors hydrocarbures. La SNE est une stratégie qui est étalée sur une période de 2019-2023 et élaborée avec l’apport des experts du Centre suisse du commerce international. Globalement, c’est une bonne chose, toutefois je ne suis pas d’accord sur le choix des quatre filières adoptées, à savoir : l’industrie pharmaceutique, les équipements automobiles, les TIC et numérique et l’industrie agroalimentaire. Moi personnellement,  je ne les valide pas, pour plusieurs paramètres.

À titre d’exemple, la filière automobile, avec le taux d’intégration actuel qui est loin des standards internationaux ne nous permettra pas d’accéder au marché international. Tout simplement, nous ne sommes pas compétitifs. La filière automobile suppose commencer par le bas, autrement dit, faire venir des équipementiers avant de se lancer dans le montage d’usines automobiles. Il faut démarrer d’abord avec la sous-traitance. Le constructeur automobile ne vient pas où il n’y a pas de sous-traitants qui assureront la disponibilité de la pièce de rechange. En Algérie, les constructeurs  sont venus, puisque nous avons verrouillé le marché. Les étrangers se sauvent dès le début dès lors qu’il n’y a pas de sous-traitance en Algérie. Ils sont venus, puisqu’ils ne veulent pas perdre un marché important estimé à 3 et 4 milliards de dollars. La vision des constructeurs automobiles s’est exprimée au Maroc. En effet, les Marocains ont mis en place toutes les conditions pour réussir, à travers l’octroi aux investisseurs des avantages fiscaux allant jusqu’à 10 ans, moins de lenteurs administratives et bureaucratiques et la mise en place d’une plateforme offshore pour attirer les investissements.

Nous, en Algérie, nous avons fait le contraire, on dit au constructeurs que nous avons un marché rien d’autre. On a vu que c’est plus cher d’importer un CKD- SKD. Il est plus intéressant d’importer un véhicule fini que de le faire importer en SKD et CKD.  On a tout simplement multiplier les charges. Donc sur le choix des filières, notre association n’était pas d’accord sur beaucoup de choses.

Selon vous, quels sont les critères à prendre en considération dans le choix de filières pour accéder durablement aux marchés à l’international ?  

Dans l’exportation, il y a deux approches, une sur l’existant et l’autre sur le futur. L’Algérie doit prendre en considération la demande mondiale. Je reviens sur la filière automobile, au moment où la tendance mondiale s’oriente vers la généralisation de la voiture hybride, dans notre pays, on vient de commencer d’asseoir une veille industrie qui devrait être disparate dans peu d’années. C’est pour cela que je vous dis que nous sommes en contradiction avec les orientations mondiales. Pour l’exportation, il serait mieux  de choisir les filières montantes dans l’évolution du marché mondial. Il y a des produits qui ont diminué et d’autres qui montent. On doit aller envers les produits qui montent.

À cet effet, j’interpelle les décideurs et opérateurs économiques à s’inscrire dans les marchés montants et dynamiques.  Concernant le secteur agricole, on sait qu’actuellement la tendance mondiale est orientée sur les produits bios. Un marché en pleine expansion. L’Algérie possède plusieurs produits rémunérateurs (forte valeur ajoutée) sur lequel on peut asseoir une vision à l’exportation.  La Tunisie avait décidé de rendre le sud de leur pays tous bio, nous aussi, on peut développer plusieurs filières dans le sud de l’Algérie, tout en choisissant la culture de produits ayant une forte demande mondialement et valeur ajoutée, afin de ne pas commettre les erreurs de nos voisins marocains qui exportent plus de 3 milliards de dollars de produits agricoles annuellement. Les Marocains exportent entre 800 et 900 000 de tonnes de tomates ? C’est énorme, mais la tomate, c’est l’eau. Ils sont orientés vers le haricot vert, un légume qui consomme moins d’eau et rapporte plus.

Malgré que l’Algérie détient des accords coopération avec les pays de l’Union européenne, ses exportations hors hydrocarbures demeurent faibles  même insignifiantes, d’après vous, M. Nasri, quelle stratégie à adopter dans ce segment pour faire placer nos produits agricoles dans l’Europe, un marché porteur ?

Nous avons des accords avec l’Europe, donc les habitants de ces pays membres ont un pouvoir d’achat élevé, l’Algérie est appelée à faire une étude et une analyse des marchés de l’UE, afin de connaître la demande et la tendance.

La pomme de terre consommée dans l’UE est de qualité friable, une variété qui a moins d’eau, alors que notre pomme de terre a beaucoup d’eau et ne correspond pas aux consommateurs européens. C’est pour cela, qu’il faut faire sélectionner d’abord la variété demandée à l’export.  Pour réussir ça, il faut donner des terres aux fellahs et investisseurs étrangers. L’exemple à Oued Souf, 20 ans en arrière, cette wilaya était une wilaya de 0% exportations en pomme de terre, maintenant, elle représente 30% de la demande mondiale. Moi, je dirais qu’on ne peut pas asseoir une filière agricole  à l’export, sans l’investissement direct étranger (IDE). Pour exporter, il faut disposer de deux choses : protocole technique (la semence, son implantation, le traitement phytosanitaire) et disposer d’un réseau à l’exportation. Malheureusement, notre agriculture est toujours artisanale. On doit inciter les étrangers à venir investir en Algérie. On ne peut exporter sans le concours de partenaires étrangers possédant un réseau dans les marchés à l’international. Le partenaire étranger ramène avec lui les nouvelles techniques et également son réseau pour la commercialisation des produits à l’international.  Actuellement, ce que nous faisons c’est de l’export conjecturelle. Faute de la taille de production. Le groupe Cévital n’a pas ces problèmes à l’export, puisqu’il produit suffisamment (2,8 millions de tonnes de sucre). L’exportation, c’est la taille critique. On a certes les moyens dans le secteur agricole, mais on doit structurer les différentes filières existantes. Je dirais également qu’on est loin de devenir un pays exportateur agricole, puisque, les gens en charge et les ministères, ne savent rien sur les marchés internationaux. Nos responsables n’ont pas de vision.

Récemment l’Algérie a adhéré à la zone africaine de libre-échange, serait- elle profitable pour le produit «made in Algeria» et pourra-t-elle se faire une place facilement sur le marché africain ?     

Je viens de sortir d’une réunion avec les responsables du ministère du Commerce (entretien réalisé mercredi 19 juin à la Safex) est-ce qu’on peut exporter ? Je ne sais quoi vous répondre.  L’exportateur algérien fait face à plusieurs contraintes, notamment en ce concerne le volet de la logistique. Ce dernier, représente un lourd fardeau dans l’exportation. L’oignon qui ne dépasse pas les 10 DA/kg dans nos marchés, son coût du transport vers le voisin de la Mauritanie revient à 40 DA ! Notre problème, c’est qu’on était dans une période gérée par un gouvernement qui n’a aucune vision, ni compétence, ni conscient de qu’ils étaient en train de faire. Nous souhaitons qu’avec le changement qui s’opère, les choses vont évaluer dans le bon sens. Lorsqu’on examine le commerce extérieur algérien, depuis 20 ans, la conclusion est celle-ci : pas de stratégie, l’Algérie n’a jamais fixé une stratégie et une vision pour accéder aux marchés à l’étranger. Est-ce que vous trouvez que c’est normal, le ministère du Commerce n’a pas un département du commerce extérieur ?

Le département de Saïd Djellab avait déclaré à maintes reprises que l’année 2019 sera celle de l’exportation hors hydrocarbures par excellence. D’ailleurs, il table sur un chiffre de 10 milliards de dollars à réaliser à moyen terme. Selon vous, cet objectif est-il réalisable ?

Il n’y pas une personne qui pourra vous donner un chiffre fiable, et celui qui vous le donnera je le contrarie.  Lorsqu’il dit 10 milliards de dollars, je lui demande gentiment de me donner la structure de ces exportations. 75% des exportations hors hydrocarbures sont représentées par des dérivés pétroliers. Les chiffres officiels des Douanes avaient montré que quand les exportations hydrocarbures augmentent, celles des hors hydrocarbures augmentent aussi. J’avais demandé au ministre actuel de ne jamais donner de chiffre, puisqu’il n’a pas les données qu’il faut. Nous avons  des sociétés importantes, notamment dans le domaine de l’électroménager, agroalimentaire et l’industrie de produits hygiène qui pourraient faire facilement place dans les marchés africains. La valeur ajoutée de ces produits varie entre 20 et 25%, toutefois, il est intéressant de les développer mieux avant de les céder aux importateurs. Moi, je suis de ceux qui disent même si on ne gagne pas beaucoup, mais on doit aller vers des marchés à l’international. Dans l’électroménager, le groupe Cévital à travers sa filière Brant qui exporte des machines à laver vers la France, a atteint un taux d’intégration de 60%.  

Quels sont les obstacles majeurs rencontrés par les opérateurs économiques dans l’exportation et est-ce que vous êtes optimiste pour l’avenir de notre pays et de l’exportation ?

Outre la logistique qui reste un obstacle en matière de compétitivité, du fait que son coût est de 25% comparativement aux autres pays, il y a également, les lenteurs administratives et la réglementation du change. Si on veut que l’exportateur joue son rôle pleinement, il faut une réglementation de change beaucoup plus favorable.  

Je suis optimiste, notamment avec le départ d’El Issaba.  Durant la période précédente, l’export n’a jamais été pris en charge par l’Etat. La preuve, nous sommes toujours confrontés avec le problème de change de la devise. Des gens sont même menacés de prison.

Entretien réalisé par Zahir R.

LCA

Le Quotidien Algérien de l’économie et des Finances

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