Comment Haftar a pris le contrôle de l’économie de la Cyrénaïque ?
27 Juil 2019
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Libye

Comment Haftar a pris le contrôle de l’économie de la Cyrénaïque ?

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Trafic de migrants, prêts, contrebande pétrolière, exportation de ferraille : le centre Noria Research a analysé la mise en coupe réglée de l’est du pays.

L’évolution est passée inaperçue. Probablement parce que la Cyrénaïque (est de la Libye) est moins sous supervision internationale que la Tripolitaine (ouest), où est située la capitale libyenne. L’Armée nationale libyenne (ANL), dirigée par le maréchal Khalifa Haftar et dont la Cyrénaïque est la place forte, s’est taillé ces dernières années un véritable empire économique en usant de sa position militaire dominante.

L’armée de Haftar a ainsi mis en place « une stratégie de prédation » sur les territoires placés sous sa tutelle afin d’« accéder à de nouvelles sources de revenus », conclut un rapport publié fin juin par le centre de recherche Noria Research.

Intitulé « Predatory Economies in Eastern Libye » (Economies prédatrices en Libye de l’est), cette analyse jette une lumière inédite sur le mode de gouvernance à l’œuvre dans les zones contrôlées par l’ANL. A l’heure où le maréchal Haftar mène depuis trois mois à l’orée de Tripoli une bataille visant à « libérer » la capitale du règne des « milices », le décryptage de ses propres mécanismes de captation des ressources offre une contribution salutaire à l’analyse de la situation en Libye. Autant les études sur la « prédation »économique et financière opérée par les milices de la Tripolitaine n’ont pas manqué, autant l’effort de recherche équivalent sur l’ANL en Cyrénaïque faisait cruellement défaut. Le rapport de Noria Research remplit ce vide.

A priori, le handicap de l’ANL s’annonçait difficile à surmonter. Tripoli est en effet le siège des deux grandes institutions économiques et financières du pays : la Banque centrale et la Compagnie nationale du pétrole (NOC en acronyme anglais), qui gère les revenus issus de l’exploitation des hydrocarbures, ces derniers représentant la quasi-totalité des recettes de l’Etat. Face au gouvernement d’«accord national» (GAN) établi à Tripoli (ouest) et reconnu par la communauté internationale, le pouvoir rival de Benghazi (est), sur le quel s’adosse l’ANL, a d’emblée souffert d’un évident déséquilibre.

Cette autorité de la Cyrénaïque a eu beau mettre sur pied ses propres institutions économiques et financières – une Banque centrale et une NOC parallèles – la communauté internationale n’a reconnu que celles établies à Tripoli et a donc rendu la tentative de duplication assez vaine. Le paradoxe est que l’ANL contrôle l’essentiel des champs de pétrole et des terminaux d’exportation – notamment le Croissant pétrolier en bordure du golf de Syrte –, mais elle n’a pu ravir à la NOC et à la Banque centrale de Tripoli la maîtrise des revenus pétroliers. La communauté internationale a été intraitable dans le maintien de l’«intégrité des institutions financières» de la Libye, une position de principe qui a, de facto, joué en faveur du gouvernement établi à Tripoli.

Dernière modification le samedi, 27 juillet 2019 21:04
LCA

Le Quotidien Algérien de l’économie et des Finances

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