Le village Ihitoussène célèbre la forge
07 Aoû 2019
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Bouzguène (Tizi Ouzou)

Le village Ihitoussène célèbre la forge

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La cinquième édition de la fête de la forge placée cette année sous le thème «Le fer et le feu, essence de la vie» a été inaugurée mardi au village Ihitoussène, (commune de Bouzguène à 60 km à l’est de Tizi Ouzou) dont l’histoire se confond avec ce patrimoine local.

«Toute l’histoire et la vie du village, fondée par un forgeron arrivé dans la région au XVIIe siècle, est marquée par le travail de la forge. Jusqu’à un passé très récent, ses habitants n’ont jamais exercé d’autres métiers», raconte Mourad Lamri, membre de l’association du village «Sebaâ Zbari» (Les sept enclumes) et conservateur du musée local.

«Sebaâ Zbari » constitue le kit d’outils indispensable pour la table de travail d’un forgeron. Dans le temps, il est offert (le kit d'outils) à tout jeune du village ayant atteint les 17 ans pour l’inciter à aller quérir sa subsistance dans des contrées lointaines.

Couvrant toute la région de Kabylie par leur travail, les habitants du village ont également migré et se sont installés à travers tout le pays, notamment, dans l’Est. «La première immigration recensée par les historiens remonte vers le début du XIXe siècle, entre les années 20 et 30», souligne Mourad Lamri.

Et d’expliquer la raison de cette ruée de ses ancêtres vers l’est qui empruntaient le relief montagneux et ingrat de cette partie du pays. «De la Soummam jusqu’au pays chaoui, Batna, Khenchela, dans l’est du pays sont caractérisées par leur relief montagneux, ce qui crée le besoin de s’outiller pour faire face à la nature et pouvoir subsister».

Dans l’ouest du pays, où il y a plus de plaines, ces étendues ont toujours été occupées par les colons, les Espagnols, les Turcs ou les Français, rappelle Lamri, affirmant que «la ligne jamais franchie par un forgeron du village est Theniet El-Had, dans la wilaya de Tissemssilt».

Actuellement, la réalité de ce métier est peu reluisante et a beaucoup perdu face à la mécanisation et au grand marché.  Toutefois, «le retour à l’agriculture de montagne, qui ne peut être satisfaite par la seule industrie, pourra aider, à terme, à la relance de ce métier», souligne, confiant, Farid Hemmar, forgeron de 45 ans exerçant ce métier depuis une vingtaine d’années.

Natif d’Aïn-Melilla, dans l’est du pays, où ses grands-parents s’étaient installés au début du XXe siècle, Farid Hemmar est revenu dans le village de ses ancêtres pour perpétuer ce métier qui est la seule chose qu’il «sait faire», confie-t-il.  «J’avais commencé à m’initier à ce métier dans la boutique de mon défunt grand-père, puis avec mon père et je ne peux exercer un quelconque autre métier, c’est dans le sang», soutient-il mordicus.

Après son service national, il avait exercé, pour un temps, à Aïn-Mellila, mais, la transformation de la ville, devenue «un carrefour commercial, notamment avec la prolifération de l’activité de l’importation, a porté un coup au travail de la forge. Tout est importé et vendu à des prix largement plus abordables que les produits forgés localement, même si, côté qualité, les produits d’importation laissent à désirer», explique-t-il.

Organisée par l’association «Sebaâ Zbari», en collaboration avec la direction locale de la culture et l’APW de Tizi Ouzou, l’objectif de cette fête, instituée il y a 5 ans, est de «faire connaître ce patrimoine local et essayer de le sauver de l’oubli», souligne-t-on.

Tout au long de cette manifestation, une exposition permanente d’objets de la forge servant l’homme dans les différents domaines de sa vie, son travail, ses déplacements et même dans les conflits et guerre, est organisée au musée du village et plusieurs personnes servant de guides aux visiteurs du village sont mobilisées.

Dernière modification le mercredi, 07 août 2019 21:39
LCA

Le Quotidien Algérien de l’économie et des Finances

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